Partie 6a

Par

Rowan

Les Chaleurs Royales

ou la favorite du roi

Oscar tournait et se retournait dans son lit, incapable de dormir, cherchant une solution pour se sortir de ce cauchemar. Pas une nuit ne se passait sans qu'elle se remémore la magie de cette nuit passée avec André. Son cœur se serrait chaque fois un peu plus à la pensée que jamais, jamais cela ne se reproduirait. Et voilà maintenant qu'une preuve de cet instant de folie apparaissait, risquant de détruire le peu de sérénité qu'il lui restait, une preuve absolue de son manque d'honneur!

Oscar se retourna une fois de plus, enfouissant son visage dans l'oreiller.

-"Pourtant", murmura-t-elle, "quel bonheur de se dire que j'ai en moi une petite partie de toi, André...., je donnerai tout pour que nous puissions l'élever ensemble" Oscar étouffa un sanglot.

-"Il faut pourtant que je trouve une solution. Fersen ne comprendrait jamais l'arrivée de cet enfant, alors que j'ai juré fidélité. Il faudrait que je lui explique, et.......NON, je ne veux pas partager ces souvenirs. Comment faire?"

Oscar réfléchit toute la nuit, et au matin, sa décision était prise. Fersen ne devait rien savoir de sa trahison, et André ne devait jamais se douter que c'était elle, cette nuit-là. Elle ne pourrait jamais le quitter s'il la regardait encore comme il l'avait fait cette nuit-là, et cela, ce n'était pas possible. Elle avait un rang à tenir, un rôle à jouer. La reine, Fersen, le Roi, ne comprendrait pas si elle quittait la Cour définitivement. Elle était la Comtesse de Fersen, elle l'avait choisi et elle devait assumer ce choix jusqu'au bout.

Oscar soupira et appela Grand-mère.

Deux jours plus tard, Oscar partait en carrosse se reposer dans ses terres d'Arras. Elle avait expliqué à Grand-mère qu'elle se retrouvait dans une situation "difficile" et que Fersen ne devait pas être mis au courant. Grand-mère avait regardé Oscar avec tristesse, et n'avait pas posé de question. Elle avait préparé les affaires d'Oscar comme celle-ci le lui avait demandé, et avait insisté pour l'accompagner pour cette "retraite" de quelques mois. Oscar avait ensuite rédigé une longue lettre à l'intention de Fersen, lui expliquant qu'elle avait besoin de prendre un peu de recul par rapport à la Cour et qu'elle serait de retour dans quelques mois. Elle avait bien sûr insisté sur la nécessité de prendre ce recul,seule, ne tenant pas à ce que son époux la découvre "grosse" d'un autre. Elle ne s'inquiétait pas d'une visite de Fersen, celui-ci était très pris au service de la reine et une absence de plusieurs mois passerait inaperçue. La lettre terminée, Oscar pris le chemin de la route d'Arras.

****

André avait appris qu'Oscar avait élu résidence dans l'une des propriétés des Jarjayes à Arras. Il avait constaté avec douleur que la nouvelle comtesse de Fersen n'avait que peu de temps à consacrer à son ancien ami. Le lendemain de son arrivée, il avait demandé à la voir mais Grand-mère lui avait répondu qu'Oscar, un peu souffrante, ne pouvait le recevoir et qu'il devait repasser dans quelques jours. Et cela faisait déjà trois semaines! Il voulait savoir si c'était elle qu'il avait aperçu à l'auberge quelques trois mois plus tôt, n'osant pas encore se demander à lui-même si c'était Elle qu'il avait tenue dans ces bras, cette nuit que son âme et corps n'oubliaient pas. La femme, qui était dans ses bras, avait déliré de plaisir sous ses baisers, lui avait murmuré des mots d'amour si tendres qu'il ne pouvait les oublier. Elle avait revêtu pour lui l'aspect d'Oscar, mais comment cela aurait-il pu être elle? Elle qui n'avait jamais aimé que Fersen?

Il valait mieux oublier cette nuit de folie, et tenter de retrouver l'amie, qu'était Oscar.

Le lendemain lui apporta la réponse aux questions qu'il se posait. En effet, Oscar l'attendait au bord de la rivière qui traversait le chemin qu'il prenait pour rentrer chez lui. Elle tenait son bel alezan par la bribe et elle avait revêtu chemise et pantalon, comme au temps de leur amitié.

-"Bonjour Oscar! Je suis ravie de voir que tu vas mieux! Je m'inquiétais pour toi, tu sais?", lui dit André du ton le plus doux.

-"Il ne fallait vraiment pas, mon pauvre André, je me porte comme un charme", répondit Oscar avec un sourire chaleureux!

-"Le mariage te réussit! Tu y as même gagné quelques formes. Cela te va bien

"La foudre serait tombée aux pieds d'Oscar, elle n'aurait pas blêmi davantage. Le coup porté avait été terrible. André, voyant la réaction d'Oscar, et soupçonnant un drame, demanda :

-"Qu'est-ce qui se passe Oscar? Tout ne va pas aussi bien que tu le croyais avec Fersen? Tu as besoin d'aide?

-"Je......je", balbutia Oscar, complètement anéantie," je vais avoir un enfant André."

André blêmît à son tour, une fugitive image de Fersen tenant une Oscar amoureuse venant de lui traverser l'esprit en une fraction de seconde.

-"Toutes mes félicitations, Oscar", murmura-t-il d'une voix assourdie, "J'espère que ce sera un garçon, Fersen doit être fier".

-"Fersen n'est pas le père", répondit Oscar dans un souffle, et elle se détourna brusquement pour qu'André ne voit pas la blessure que ses paroles lui avaient causée.

André resta pétrifié! Oscar? Un amant? Elle n'aimait donc plus Fersen? Et lui, pauvre fou qui l'aimait comme seul un damné peut le faire, il avait laissé la place à un amant! Mais qui était-ce? André avait l'impression de devenir fou, il serrait les poings pour essayer de maîtriser la jalousie qui s'emparait de lui. Oscar s'était mise à pleurer, doucement, sans un bruit, allongée sur l'herbe tendre. André voyait ses épaules trembler mais il était incapable de dire le moindre mot. Alors, sans prononcer une parole, le plus gentiment possible, il lui tendit le mouchoir qu'il conservait dans sa poche. Oscar l'attrapa et s'essuya les yeux rapidement. Elle regarda le mouchoir et d'une petite voix étonnée, demanda à André?

-"Où l'as-tu eu? C'est grand-mère qui te l'a donné?

-"Non Oscar", murmura André, les yeux rivés à ceux d'Oscar, le cœur plein d'un espoir fou.

Oscar, ne réussissant pas à détacher ses yeux de ceux d'André, murmura :

-"il ressemble aux miens, Grand-mère y avait brodé mes initiales"

André s'agenouilla auprès d'Oscar, approchant son visage de celui d'Oscar au point que celle-ci pouvait sentir son souffle sur sa peau.

-"Je l'ai trouvé, Oscar, au matin d'une nuit qui restera à jamais dans ma mémoire. Une nuit, dont j'ai rêvé que tu faisais partie..."

-"Etait-ce toi Oscar?", demanda André, le souffle court, suspendu aux lèvres qui lui faisaient face.

Oscar le regarda comme on regarde le soleil, les yeux plein de lumière. Ses lèvres se tendirent vers celles d'André et soudain, le charme se rompit. Ce rappelant son mariage, Oscar éclata en sanglot et s'enfuit en courant, laissant là un André anéanti. Il avait presque touché du doigt le bonheur et elle était partie.

-"Oscar, Oscar", murmura-t-il d'une voix étranglée, tu regrettes donc tant cette nuit, notre nuit.

Fin de la partie 6a

 

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