Partie 8a

Par

Rowan

Les Chaleurs Royales

ou la favorite du roi

 

Oscar regardait André de la fenêtre, légèrement dissimulée par le voilage. Son regard était triste, on ne voyait nulle trace de l'énergie qu'elle avait toujours mise dans sa vie... Elle savait qu'elle ne pouvait aller lui parler. Fersen n'était pas un imbécile, s'il la voyait en présence d'André, il n'aurait plus aucun doute sur le responsable de sa maternité. Et au vu de sa réaction de la veille, elle ne voulait surtout pas d'un face à face entre les deux hommes. Elle venait de découvrir un aspect de la personnalité de son mari qu'elle ne soupçonnait pas. Elle laissa échapper un soupir, et retourna s'allonger.

- "Du moins, ici, grâce à père, je suis à l'abri. Mais il finira bien par me demander la cause d'une telle violence de la part de mon époux, à moins que celui-ci ne se charge de lui dire lui-même....", murmura Oscar d'une voix désabusée.

Trois petits coups furent frappés à la porte et Grand-mère entra.

-" Ma petite oscar, je suis venue te prévenir que Le Général a dû retourner à Versailles, car le Général Bouillé l'a fait appelé. Il me charge de te dire qu'il a parlé à ton époux et que celui-ci se repend grandement de sa conduite envers toi. Il te recommande de pardonner à ton époux et de reprendre votre chemin ensemble, et que tu penses dès à présent à ton enfant."

-"Mais, Grand-mère..."

-"Je sais, ma petite Oscar, mais pas ton père.....Et Mr de Fersen semble très repentant. Il demande d'ailleurs à te voir et sollicite ta permission pour te visiter."

Oscar s'enfonça dans ses pensées. Fersen voulait la voir.... certainement pour s'expliquer. Elle le lui devait, il n'avait rien dit à son père, ce qui semblait vouloir dire qu'il pourrait accepter la paternité, ou qu'il pouvait comprendre.... A moins, qu'il ne veuille à nouveau lui parler du Roi. A cette pensée, Oscar sentit la colère revenir! Pour qui la prenait-il? Elle n'était son épouse que pour échapper à l'amour du Roi et lui, son époux uniquement pour l'amour de la reine. Elle s'était octroyé un tout petit instant de bonheur, et on voulait le lui faire payer le prix le plus fort!

-"S'il en est ainsi, pensa Oscar, furieuse, je ne veux plus de mon nom, je ne veux plus de cette vie d'aristocrate, je retrouverai André, je lui dirais tout et nous partirons ensemble, s'il veut toujours de moi".

Oscar sauta au bas du lit, attrapa une brosse et entreprit de peigner vigoureusement ses beaux cheveux blonds..

-"Apportes-moi de quoi m'habiller convenablement, Grand-mère, puis, fais-le entrer. Effectivement, nous avons à parler".

Grand-mère sourit et sortit chercher de quoi vêtir la jeune femme.


****

André avait réussi à se dissimuler dans le château. Il attendait dans un bureau, visiblement inoccupé, le moment opportun pour aller voir Oscar. Il avait assisté au départ du Général et avait ensuite vu Fersen entrer dans la chambre d'Oscar. Dès que les domestiques lui laisserait le champ libre, il s'approcherait de la chambre. Oscar pourrait avoir besoin de lui. Si ce n'était pas le cas, il lui parlerai après le départ de Fersen.

****


Ce fût une Oscar en pleine possession de ses moyen féminins, que le comte de Fersen découvrit une heure plus tard.

Elle avait revêtu une splendide robe de brocart bleu roi, qui rehaussait l'éclat de ses yeux. Ses cheveux recouvraient ses épaules dénudées comme un châle d'or. Elle se tenait dans l'embrasure de la fenêtre et se retourna pour lui faire face à son entrée dans la chambre. Au vu de ce spectacle, Fersen se figea. Elle était plus belle qu'elle n'avait jamais été, et l'attente du combat qui s'annonçait faisait jeter des éclairs à ses yeux. Ce n'était plus le reflet d'un rayon de lune, mais la plus belle des tempêtes qui se préparait...

-"Mon Dieu, Oscar, vous êtes magnifique," murmura Fersen d'une voix inaudible.

-"Entrez, Monsieur, nous avons à parler!", prononça Oscar d'une voix hautaine, reprenant instinctivement, le ton du capitaine de la Garde qu'elle était encore, si peu de temps auparavant. Oscar lui présenta un des fauteuils et s'assit dans celui qui lui faisait face.

-"Je m'excuse, Oscar, de l'attitude que j'ai eue envers vous. Cela m'a rendu fou, je crois, de vous revoir..."

-"C'est oublié, Monsieur", répliqua oscar avec hauteur, "mais il reste entre nous, je le crains, des points à éclaircir et des réponses à donner".

Fersen regarda Oscar intensément. Ce n'était plus l'Oscar qu'il connaissait, et pourtant si, c'était bien celle qu'il avait hâte de retrouver lorsqu'il avait galopé jusqu'au château Jarjayes, puis jusqu'à Arras. Celle dont il avait découvert si tard, les qualités et
la grandeur d'âme. Celle, enfin, auprès de qui il venait déposer son coeur, avec l'espoir qu'elle conservait les sentiments qu'elle avait eu à son égard. Et voilà qu'en la revoyant, il découvrait qu'elle s'était donnée à un autre. Un autre dont il ne soupçonnait même pas l'existence deux jours auparavant. Si, sur le moment, il avait pû se contrôler, le soir cela avait été impossible. La voir affaiblie du fait de sa grossesse, l'imaginer dans les bras d'une ombre qu'il ne pouvait perçer, tout cela l'avait rendu fou de jalousie, et il avait prononcé toutes les paroles qui lui passaient pas la tête sans en mesurer la portée.. Et il l'avait frappée, alors qu'il était venu la prendre dans ses bras....

-"Et bien, Monsieur", continua Oscar, aveugle aux émotions jouant sur le visage de Fersen, "Je commencerai donc".

-"Sachez que je vais avoir un enfant dans quelques mois. Comme vous vous en doutez, il n'est pas de vous, puisque le devoir conjugal n'a jamais été de mise entre nous".

Fersen sentit la jalousie le reprendre.

-"Madame", répliqua Fersen d'un ton cassant, "je ne pensais pas que vous iriez si vite trouver consolation dans les bras d'un autre. Qui avez-vous donc mis dans votre lit? Vous ne vouliez pas d'un Roi, mais un gueux a peut-être mieux fait votre affaire. Vos goûts pour les tavernes que vous fréquentiez avant notre mariage vous ont sûrement orientée dans votre choix"

Oscar pâlit sous l'insulte.

*****

André venait de réussir à se glisser hors du bureau dans lequel il s'était caché et avait à présent pénétré dans le salon attenant à la chambre d'Oscar. Il était à présent à portée de voix et pourrait intervenir en cas de besoin. Il tendit l'oreiller pour suivre la conversation entre les deux époux.

*****

-"Comment osez-vous, Fersen, me reprocher ce que vous faites sans vergogne depuis des mois? De plus, c'était un accident! Je n'avais pas l'intention de me retrouver dans cette situation."

-" Que vous n'ayez pas eu l'intention de tomber enceinte, je le conçois aisément", répliqua Fersen vertement, "par contre, vous avez bien choisi un amant à votre goût! Peut-être même l'est-il depuis avant votre mariage, ce qui expliquerait votre refus envers le Roi!"

- "c'est faux! Je n'ai pas choisi d'amant, et les circonstances m'ont prises en défaut. Cela ne s'est produit qu'une fois et ce n'est pas du tout le fruit d'une liaison de plusieurs mois comme vous le sous-entendez! C'est un accident! Rien de plus!"

****

A l'écoute de ces mots, André vacilla. Un accident? C'est ainsi qu'Oscar voyait les choses.... Ainsi, il n'avait été qu'une consolation au milieu du désert que semblait être son mariage.

*****


Oscar jouait son rôle avec application. Il ne fallait surtout pas que Fersen puisse soupçonner André. Il semblait prendre très à coeur la possibilité qu'elle ait des sentiments pour un autre. Déjà, ses remarques montrait qu'il soupçonnait quelque chose.

-" Oscar, cessons de nous déchirer. Je m'excuse pour les tords que j'ai eu envers vous, et je comprends que vous ayez eu la faiblesse de céder un instant. Je ne suis pas venu vous demander d'être la maîtresse du Roi, cela, c'est la reine qui me l'a demandé, et je m'étais refusé à vous faire part de ses intentions qui ne sont pas les miennes. Je vous aime, Oscar, je ne suis venu que pour vous le dire, et vous demander de bien vouloir accepter ma présence à vos côtés. Mon éclat d'hier n'est dû qu'à un mouvement de jalousie, mais je sais que je n'ai le droit de vous faire aucun reproche. Je suis seul fautif dans cette histoire. Oscar, je vous en prie, dites que vous acceptez de me pardonner et que, plus tard peut-être, vous répondrez à mon amour".

Oscar était abasourdie! Fersen l'aimait! Elle aurait donné n'importe quoi pour entendre ces mots-là il y a encore quelques mois, mais là, que répondre? Que faire? Elle se retrouvait muette, ne trouvait rien à répondre.

*****


André ne pouvait en supporter davantage. Oscar considérait leur nuit d'amour comme un accident et elle venait de découvrir que Fersen l'aimait. Oscar, qui avait aimé Fersen avec tant de passion qu'elle avait accepté de l'épouser alors qu'il était l'amant de la reine. Elle devait être au comble du bonheur. D'ailleurs, André n'entendait plus un bruit en provenance de la chambre d'Oscar et il imaginait trop bien la scène 'amour qui devait se jouer à côté.

-"Adieu Oscar, murmura André, je n'ai plus de place dans ta vie, je vais me retirer..., loin, ....où je pourrais peut être t'oublier. Sois heureuse Oscar... ".

André étouffa un cri de souffrance et s'enfuit.

*****


-"Je ne sais que vous répondre, Fersen", répondit enfin Oscar d'une voix plus douce", sinon que je vous ai aimé, passionnément aimé, mais mon cœur appartient désormais à un autre".

Fersen frémit sous ses mots.

-"Je peux attendre, Oscar, je peux attendre que vous reveniez vers moi. Vous m'avez aimé, dites-vous, je ferai tout pour que vous me reveniez, je me ferai aimer de vous à nouveau."

Il n'y avait rien à ajouter. Elle ne pourrait pas lui faire comprendre ce que son amour pour André était, quelle sensation de plénitude et d'accord parfait existait entre eux. Mieux valait clore leur conversation, elle voulait retrouver André.

"Je comprends, Fersen, mais je ne vous promets rien. Laissez-moi vivre ces prochains mois seule, J'ai besoin de calme et surtout, je ne peux pas revenir à Versailles dans cet état. Retrouvons-nous dans quelques mois, à la Cour.

-"je ferai selon votre désir, Oscar, et je passerai ces prochains mois auprès de votre père, au château de Jarjayes, et je vous y attendrai.

Fersen se leva, s'inclina devant Oscar et sortir, le cœur plein d'espoir.


Fin de la partie 8a

 

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