Mon dieu mais quelle idée a eu sa majesté
? Ce n’est pas possible, c’est un cauchemard et je vais
me réveiller ? Voilà près de deux ans que j’ai
quitté le commandement de la garde royale et maintenant que
je commence à m’être fait accepter par mes hommes
aux Gardes Françaises, il faut que cette affaire surgisse !
Et mon père qui n’est pas contre cette idée !
Vraiment rien ne me sera épargné !

Quand elle s’arrêta enfin, elle se trouvait dans
les jardins du château. Elle avait le souffle court et les yeux
vagues. Elle retrouva en quelques minutes ses esprits et regarda autour
d’elle afin de savoir où sa course folle l’avait
menée. Elle était allée beaucoup plus loin qu’elle
ne l’aurait cru car elle se trouvait fort loin de la cour et
de toutes ses rumeurs, ses intrigues et autres bassesses. Elle fit
encore quelques pas avant de s’asseoir sur un banc de pierre
blanche qui faisait face à un des innombrables mais non moins
magnifiques parterres de fleurs. Ses pensées recommençaient
à vagabonder. Elle repensait à son entrevue avec sa
majesté Louis XVI quelques heures plus tôt…
Dans le bureau de Louis XVI :
- Ah colonel, je vous attendais justement… Monsieur
votre père vient tout juste de sortir et allait vous quérir
mais puisque vous êtes là ses recherches vont être
vaines.

Le roi debout devant une fenêtre se retourna et décrocha
un de ses plus beaux sourires à Oscar.
- Sir, je suis venue dés que j’ai appris la nouvelle
par un messager mais comme vous le savait déjà mon régiment
des Gardes Françaises est sur Paris et non pas à Versailles,
déclara Oscar en saluant le souverain.
- Oui, je le sais parfaitement et cela me désole, lui répondit
le roi avec une petite pointe de tristesse dans la voix, mais il se
pourrait fort bien que cette situation ne dure plus très longtemps
car j’ai bien l’intention d’y mettre un terme. Je
vous veux près de moi et votre commandement ainsi que votre
carrière militaire me prive de cette joie.
Oscar resta sans voix car à cet instant elle comprit que la
nouvelle que son père lui avait annoncée n’était
pas ce qu’elle s’était plu à croire c’est-à-dire
une vaste plaisanterie de mauvais goût.
Ainsi c’est donc vrai mais que vous arrive-t-il
votre majesté ? Non rassurez moi et dîtes moi que je
rêve que je suis seulement un sujet de plaisanterie…
-Vous ne dites mot colonel ?… Oui je pense que vous
êtes surprise de ma requête auprès de Monsieur
votre père mais vous vous ferez très vite à cette
idée…
- Sir, j’ai été effectivement très surprise
et je le suis encore en cet instant. J’avoue ne pas très
bien comprendre…
- Il n’y a pas grand chose à comprendre colonel ou plutôt
devrais-je dire Mademoiselle Jarjayes mais votre uniforme fausse une
peu cette image… Il ne s’agit certes que quelques bouts
de chiffon, quelques médailles mais ces derniers changes complètement
la donne car si je vous avais toujours vu ainsi alors peut être
que vous ne seriez pas ici devant moi en cette fin d’après
midi de mai.
Oscar regardait le roi de plus en plus incrédule. Mais quoi
parlait-il ? Louis XVI faisait maintenant face à Oscar et la
dévisageait comme jamais il ne l’avait fait. Oscar en
était presque gênée mais elle soutint son regard
d’autant plus qu’il était très bienveillant
à son égard. Puis au bout de quelques instants le roi
se détourna d’elle pour faire quelques pas et revint
se placer vers la fenêtre. Tout en regardant les jardins, il
continua sur un ton empreint d’émotion :
- Oui votre uniforme vous va à ravir et vous êtes sans
doute notre plus bel officier du royaume mais il n’est pas celui
de votre condition. J’avoue que cela ne m’a guère
gêné jusqu’à cette nuit là…
Quand je pense que je détestais les bals ! Toutefois en tant
que roi je me dois d’y apparaître de temps à autre
ne serait-ce que pour saluer certains de nos courtisans fort influents
mais ce soir là je n’ai pas regretté d’être
venu dans cette immense salle où le champagne coulait à
flot depuis plusieurs heures déjà. J’ai ainsi
que tous les participants de cette douce soirée pu vous voir
sous un aspect qui m’était jusqu’alors totalement
inconnu… Vous êtes apparue tel un ange dans cette robe
à la coupe à la fois étrange et mystérieuse
mais vous allait si bien… Jamais je ne pourrais oublier combien
mon cœur s’est mis à battre alors… Je ne vous
ai pas reconnu tout de suite mais vous m’avez saluer et un geste
vous a alors échappé et là j’ai compris
qui était cette belle inconnue. Je n’ai pas voulu trahir
votre secret car j’ai bien vu que vous étiez là
pour un homme qui ne vous reconnaîtrait pas dans cette tenue.
Je vous ai observé toute la soirée durant. D’habitude,
j’avoue m’ennuyer ferme mais là j’avais sous
les yeux la plus belle femme du monde. J’ai vu combien les autres
hommes enviaient Monsieur de Fersen qui eu seul le courage de vous
inviter à danser. Vous formiez d’ailleurs un très
joli couple jusqu’à ce que le charme fut rompu par je
ne sais quel incident. Vous avez alors pris la fuite et depuis je
ne vis que dans l’espoir de vous revoir auprès de moi,
aussi belle que ce soir là…

Oscar avait écouté le récit du roi sans vraiment
y croire. Ainsi Louis XVI l’avait reconnu lui aussi… Il
l’avait trouvé belle et il était tombé
amoureux d’elle ce soir là ! Le ciel lui serait tombé
sur la tête qu’elle n’aurait pas été
plus stupéfaite. Il se passa quelques instants avant que le
roi ne se retourna vers elle et retraversa la pièce pour lui
prendre très délicatement la main.
- Colonel, vous savez bien que je ne suis pas un homme qui se laisse
facilement tourner la tête pas les femmes mais votre beauté
m’a séduit. Mon cœur vous appartient désormais.
Oscar aurait voulu dire quelque chose mais les mots mourraient sur
ses lèvres. Le silence s’installa et le roi continua
:
- Votre silence est pour moi déjà un espoir car vous
ne me repoussez pas. D’ordinaire je suis de nature timide et
je n’ignore pas combien on jase à la cour sur cette particularité
de mon caractère mais vous n’êtes pas une femme
ordinaire ! Vous ne pouvez pas savoir combien il m’en a coûté
de vous dire tout cela mais il le fallait ! Je vous veux à
mes côtés chaque jour que Dieu fait car sans vous la
vie est bien terne et sans saveur. La reine que je chérie est
douce et aimable avec moi mais son cœur est ailleurs. Comment
pourrais-je l’en blâmer ? Nous avons été
mariés sans même nous connaître. Il est déjà
heureux que nous ne nous haïssions pas.

Oscar essaya de prendre sur elle et dans un ultime effort réussit
à articuler quelques mots :
- Sir, je suis touchée par vos paroles mais je ne pense pas
être celle que vous croyez…
- Mais bien sûr que si vous l’êtes… Je vous
aime ainsi… J’aime votre duplicité, j’aime
votre tempérement de feu, votre courage, votre bravoure, votre
douceur, votre beauté… Je veux votre bonheur et je puis
vous l’offrir sans la moindre difficulté car tout m’est
permis…
- Justement mon bonheur est dans la vie que je mène et je ne
souhaite point en changer. Votre majesté est très bonne
et si elle tient tant à me faire plaisir, qu’elle me
laisse donc ma liberté. Ainsi je pourrais continuer à
la servir et ce jusqu’à mon dernier soupir.

Oscar essayait de trouver une porte de sortie sans pour autant blesser
le roi. Ce dernier ne voulait visiblement rien entendre car il s’obstina
à poursuivre dans sa voie :
- Ma chère Oscar, je crois que vous ne me comprenez pas très
bien… Je ne puis plus me passer de vous, de votre présence.
Monsieur votre père est désireux depuis quelques temps
de vous faire redevenir celle que vous auriez toujours dû être
et je me propose de l’y aider. Etre une maîtresse royale
n’a rien de déshonorant bien au contraire ce sont des
femmes de caractère et de pouvoir. Vous avez toutes ces qualités
et vous pourriez m’être d’un très grand soutient
car en matière de politique, la reine ne s’y entend guère…
Vous me répondrez que cela n’est guère chrétien
tout cela et qu’en tant que roi je me doit de donner l’exemple
n’est-ce pas ? A cela je vous répondrais que mes ancêtres
ont eu plus d’une maîtresse et que cela n’a en rien
ou presque interférer dans leur politique. Tout au plus ils
étaient éclairés par un avis féminin des
plus fins et plus d’une fois cela les servait plus que le contraire…
Non vraiment je pense que vous avoir à mes côtés
est la meilleure chose qui puisse m’arriver… Et si je
dois être damné pour cela je l’accepte avec joie
car vous êtes à vous seule le paradis sur cette terre…
- Sir je ne peux…
- Il suffit Colonel, j’en ai décidé ainsi et cela
sera… Vous quitterez dans quelques jours votre commandement
des gardes Françaises pour venir me rejoindre ici à
Versailles. Vous trouverez votre place soyez en certaine .
- Sir n’y a-t-il aucun moyen de vous faire revenir sur votre
décision ? Tout ceci est si soudain…
-Oui c’est vrai que j’aurai dû vous ouvrir mon cœur
bien plus tôt mais que voulez-vous on ne se refait pas…
Et puis j’ai essayé de me persuader que tout ceci n’était
qu’une passade mais il n’en était rien. Maintenant
que je suis certain de ce que je ressens pour vous, je ne puis plus
attendre une minute de plus. Je vous laisse quelques jours pour prévenir
vos hommes, vous faire à l’idée que votre vie
va changer du tout au tout et ensuite je vous prendrais sous mon aile
car je n’ai nullement l’intention de vous laisser vous
envoler ailleurs. Votre cœur n’étant point pris,
n’est-ce pas ?
Le regard du roi se faisait pénétrant mais Oscar ne
sourcilla pas. Elle était tellement surprise de tout ce qu’elle
venait d’apprendre en quelques instant qu’elle s’attendait
à être foudroyée sur place la seconde suivante.
Elle parvint toutefois à prendre sur elle pour prononcer ces
mots qu’elle découvrait en même temps que Louis
XVI.
- Justement Sir, je crois que mon cœur est pris depuis fort longtemps
déjà et… et je voulais en parler à mon
père afin de profiter de son changement d’avis sur ma
propre vie… Je voulais lui annoncer mon intention de rendre
mon épée pour celui que j’aime…
Oscar que t’arrive-t-il ? Qu’est-ce que tu
racontes ? C’est encore pire que ce que tu viens d’entendre
!!!
- Il ne s’agit pas de Mr de Fersen puisque ce dernier
est déjà marié mais qui donc fait battre votre
cœur ? Quel est ce rival ?!
- Un homme au cœur généreux, d’une grande
noblesse…
- Je n’en doute pas un seul instant mais quel est son nom ?
Oscar tu t’es mise dans de beaux draps….
Mais qu’est-ce que tu vas lui répondre maintenant ? Il
te faut gagner du temps, garde ton calme…

- Sir je ne puis vous le révéler pour l’instant…parce
que… parce qu’il…. Il ne sait rien des sentiments
qui m’animent.
- Il ne sait encore rien dîtes-vous ? Ah vraiment vous m’étonnez
colonel ! Vous voulez parler à votre père et pensez
même à rendre votre épée pour un homme
qui ne connaît pas encore la véritable nature de vos
sentiments à son égard ?
- C’est tout à fait cela, sir…
- J’ai tout de même un peu de mal à vous croire
mais soit si vos sentiments sont si forts concernant cet homme et
s’ils sont partagés en retour alors nous ferons en sorte
qu’il devienne votre époux ainsi votre réputation
sera sauve au moins pour un temps. Votre couple bénéficiera
de mes largesses, ce qui devrait sans nul doute calmer ses ardeurs
de mari jaloux si l’idée lui prenait.
Non, je rêve, ce n’est pas la réalité,
je vais d’un instant à l’autre me réveiller
!
Oscar se pinça le dos de la main tant elle souhaitait
que ceci prenne fin mais hélas cela ne changea rien. Elle était
toujours debout dans ce salon avec le roi en face d’elle qui
lui souriait.
Ce qui suivit n’eut que peu d’importance car
Oscar ne parla que très peu. Elle avait tout juste gagné
un peu de temps. Elle était parti presque en courant et avait
traversé les couloirs et les allées du parc sans voir
personne. Maintenant, elle était assise là sur ce banc
mais aucune idée concrête et sensée qui aurait
pu la sortir de cette gigantesque farce. Elle resta de longues minutes
ainsi avant de se décider enfin à rentrer chez elle,
sur son domaine afin de parler à son père de cette affaire.
****
André n’était pas à ses côtés
et elle le regrettait. Elle aurait aimé le sentir près
d’elle mais il était cantonné à la caserne.
Elle ne savait pas pourquoi mais elle avait besoin de sentir sa présence.
Pourtant c’était bien elle qui avait petit à petit
au fil des mois construit un mur qui les séparait chaque jour
un peu plus. Elle lui avait depuis bien longtemps pardonné
son geste et ne lui en tenait plus rigueur mais sans doute par fierté,
elle n’avait jamais osé le lui dire véritablement
et le fossé s’était creusé. Toutefois elle
ne doutait pas un seul instant que sur un simple mot, un geste de
sa part il reprendrait sa place à ses côtés.
André, si tu savais combien tu me manques dans
des moments comme celui-ci… Pourquoi faut-il que malgré
tous mes efforts je n’ai jamais pu parvenir à me sevrer
de ta présence ?
Elle rebroussa chemin et reprit la direction de la caserne.
Elle allait le chercher, elle allait lui parler et il trouverait une
solution. Elle poussa son cheval au galop car elle était certaine
d’avoir pris la bonne décision pour la première
fois depuis des années !
Arrivée dans ses quartiers, elle envoya son lieutenant
chercher André qui fort heureusement n’était pas
de garde. Ce dernier ne tarda pas à frapper à sa porte
et pour se donner un peu de contenance elle se pencha sur un dossier
avant de l’inviter à entrer.
- Vous m’avez fait demander mon colonel ?
- Oui entre André et referme bien la porte car ce que j’ai
te dire n’est pas aisé et ne doit surtout pas tombé
dans des oreilles indiscrêtes.
- Bien colonel.
André resta immobile tel une statue et attendit qu’Oscar
se décide à parler. Il l’avait tout de suite senti
tendue comme un arc et voyait bien qu’elle essayait de donner
le change mais l’agitation de ses mains trahissait son véritable
état nerveux. Il l’avait rarement vu ainsi et il s’inquiétait
de ce qu’elle allait pouvoir lui annoncer. C’était
aussi la première fois depuis des semaines qu’ils se
retrouvaient ainsi seuls. En général, elle s’arrangeait
pour l’évitait ou faire en sorte que leur rencontre ne
se fasse que sur un plan purement professionnel. A plusieurs reprises,
il avait bien vu qu’elle aurait aimé qu’il en soit
tout autrement mais c’était sans compter sa fierté
! Cela l’avait fait sourire même si cela le rendait également
très malheureux mais avec son Oscar ce n’était
qu’affaire de patience et il n’en manquait pas.
- André j’aimerai que tu viennes avec moi que tu rentres
au domaine. Je dois en effet parler de choses importantes avec mon
père et j’aurai sans nul doute besoins de ton aide, de
tes conseils. Je sais que ces dernières semaines, je t’ai
évité le plus possible mais sache que je le regrette
aujourd’hui. Oui, j’ai eu tord, je l’admet. J’espère
que tu ne m’en tiendras pas trop rigueur…
André allait de surprise en surprise. Ce n’était
pas vraiment su genre d’Oscar d’admettre ses tords et
il fallait qu’un évènement grave l’y contraigne.
- Je ne t’en veux pas le moins du monde Oscar mais en quoi puis-je
t’être utile ? J’avoue avoir du mal à te
suivre… Tu me dis que tu dois parler affaire avec ton père
mais de quel genre d’affaire ? En quoi cela me concerne-t-il
?
- C’est une longue histoire qui pourrait être fort amusante
si elle ne s’avérait pas véridique et authentique.
J’ai eu peine à y croire mais hélas je reviens
tout juste de Versailles et j’en ai eu la confirmation de la
bouche même de sa majesté le roi…
Oscar baissa les yeux mais se leva. Ses mains restèrent
encore un instant appuyées sur son bureau. Elle prit une grande
inspiration et en relevant la tête eu un geste d’une terrible
volupté. C’était certes fait sans aucune arrière
pensée mais cela fit bondir le cœur d’André.
Oscar avait cette étonnante faculté d’être
sensuelle à son insue. Le simple fait de rejeter ainsi sa magnifique
chevelure blonde en arrière et toute la pièce était
innondée de son parfum troublant. Elle se dirigea ensuite vers
la fenêtre non sans jeter un regard vers cet homme qui avait
été plus qu’un ami à bien des reprises.
Elle ne regrettait pas d’être revenue vers lui car si
quelqu’un pouvait l’aider c’était bien lui.

André se rapprocha d’elle et même se plaça
à ses côtés comme pour lui donner du courage.
Il ne dit pas un mot mais lui lança un ultime regard. Ensuite
tout comme elle, il fixa son attention sur point éloigné
et tenta de calmer son émotion et son trouble. Ce ne fut pas
chose facile car lorqu’Oscar se décida à tout
lui révéler, il crut que la terre allait s’écrouler
autour de lui. Puis une vague de colère monta en lui qu’il
maîtrisa également. Un silence presque pesant s’installa
et André fut le premier à le briser.
- Que comptes-tu faire ? Parler à ton père ? Celui-ci
ne semble pas trop opposer à la proposition du roi d’après
ce que tu sais… Crois-tu vraiment qu’il va changer d’avis
si facilement ?
- Non certainement pas mais que puis-je faire d’autre ?
- Pas grand-chose en effet… tout au moins pour l’instant…
Le roi t’a-t-il laissé un délai ou quelques chose
de ce genre ?
- Oui et non… En fait il souhait que je rende mon épée
au plus vite… J’imagine que j’ai quand même
quelques jours devant moi mais guère plus.
- C’est très peu mais peut être suffisant…

- Suffisant pour faire quoi ?
- Je ne sais pas encore mais on trouvera, je te le promets Oscar,
on trouvera…
- Je l’espère sincèrement car j’avoue ne
plus savoir quoi faire… C’est si soudain ! Et puis voilà
que mon père décide brusquement de changer d’avis
sur mon avenir, ma vie… Comme si je n’étais qu’une
vulgaire poupée de chiffon ! Ne suis-je rien d’autre
à ses yeux ?
- Je pense qu’il ne veut que ton bonheur maos tu le sais aussi
bien que moi Oscar, le général n’a jamais été
très au fait de la psycologie féminine… L’art
de la guerre n’a plus aucun secret pour lui mais celui de manœuvrer
dans un univers de dentelle lui est totalement inconnu. Avec toi,
il ne sait plus que penser…
- Voilà que tu prends sa défense ?
- Non pas du tout mais j’essaie de comprendre ses faits et gestes.
Et puis n’oublie pas que je suis un homme et que la maladresse,
ça me connaît !
André avait voulu détendre un peu l’atmosphère
car si Oscar se rendait au château dans un tel état d’esprit,
il pouvait craindre le pire. Et puis ne voulait-il pas se rassurer
lui-même ?
Oscar avait regardé de manière incrédule son
ancien valet. Comment pouvait-il faire de l’esprit dans un moment
pareil ? Mais n’était-ce pas lui qui avait raison au
fond ? La vie n’était-elle pas une vaste comédie
où chacun joue un rôle qui varie en fonction du jeu d’autrui
?
- Oscar, tu m’as bien dis que tu ne lui avais pas donné
le nom de ton … élu ?
Pourquoi cela lui était-il aussi difficile de poser cette simple
question ? Il avait crains surtout d’en connaître la réponse
mais heureusement cette dernière ne tomba pas, du moins comme
il aurait pu s’y attendre.

- Oui c’est cela… Que voulais-tu que je dise ? Que celui
qui faisait battre mon cœur c’était… toi ?
Oscar ne savait pas pourquoi elle avait dit cela mais en fait ces
mots s’étaient imposés d’eux-mêmes.
Mon sieur de Fersen ne représentait plus rien d’autre
qu’un ami fidèle à yeux depuis des mois déjà.
Elle avait sincèrement cru l’aimer mais avait dû
se rendre à l’évidence que ce sentiment qui l’avait
presque étouffer durant des années n’était
rien de moins qu’une de ces chimères qui lui tenaient
lieu de règle. Cela avait été un moyen de se
sentir vivante durant toutes ces années. Encore un mensonge
de plus.
André avait presque cessé de respirer. Il tourna lentement
la tête vers son amie afin de vérifier si elle ne se
moquait pas à son tour de lui. Il n’en était rien
et c’est une Oscar presque aussi surprise que lui qui lui faisait
face.